Enquête · Publié le · 4 min de lecture

Le miel a la réputation d'un produit simple et naturel. Il est pourtant l'un des aliments les plus fraudés au monde. La preuve la plus frappante est venue d'une vaste opération menée par la Commission européenne, baptisée « From the Hives » (« Venu des ruches »). Ses résultats, publiés en mars 2023, restent la référence. Voici ce qu'ils nous apprennent, et comment s'en protéger.

Une opération d'ampleur inédite

L'enquête a été lancée en 2021 par la Commission européenne, avec son Centre commun de recherche (JRC) et l'Office européen de lutte antifraude (OLAF). Entre novembre 2021 et février 2022, les autorités de 16 États membres, dont la France, ainsi que la Suisse et la Norvège, ont prélevé des échantillons de miel importé directement aux postes de contrôle aux frontières.

Au total, 320 échantillons provenant de 20 pays ont été analysés par les laboratoires du JRC, à Geel, en Belgique.

Les résultats : 46 % de miels suspects

Le verdict est sévère : 147 échantillons sur 320, soit 46 %, présentaient au moins un marqueur de sucres étrangers au miel. Ils étaient donc suspects de ne pas respecter la directive européenne sur le miel. C'est beaucoup plus que lors de la précédente campagne de contrôle, menée en 2015-2017, qui avait trouvé 14 % d'échantillons suspects.

Origine déclaréeÉchantillonsSuspectsPart suspecte
Chine896674 %
Turquie151493 %
Royaume-Uni1010100 %
Ensemble des échantillons32014746 %

La Chine est le pays qui compte le plus grand nombre d'échantillons suspects. La Turquie a la proportion la plus élevée parmi les grands fournisseurs. Le cas du Royaume-Uni est particulier : il produit peu de miel, et la Commission estime que ces lots pouvaient être des miels d'autres pays, assemblés au Royaume-Uni avant d'être réexportés.

Les autres grands pays d'origine des échantillons étaient l'Ukraine (74 échantillons), l'Argentine (34), le Mexique (22) et le Brésil (18).

Comment on fraude le miel

L'enquête a mis au jour plusieurs techniques :

  • Le coupage au sirop. C'est la fraude principale : on « allonge » le miel avec des sirops de sucre. Les sirops de maïs et de canne, faciles à détecter, ont largement été remplacés par des sirops de riz, de blé ou de betterave, conçus pour imiter le miel.
  • Les additifs et colorants, pour imiter la couleur d'un miel d'une fleur donnée.
  • Le retrait du pollen, par filtration, pour masquer l'origine géographique. Le pollen est en effet la « carte d'identité » d'un miel.
  • Les faux documents, pour maquiller l'origine réelle.

L'OLAF a aussi mis en évidence, grâce à des analyses informatiques et téléphoniques, des collusions entre exportateurs et importateurs.

Pourquoi la fraude est si tentante

La réponse tient en deux chiffres donnés par le JRC : en 2021, le miel importé dans l'UE coûtait en moyenne 2,32 € le kilo, quand les sirops de riz coûtaient environ 0,40 à 0,60 € le kilo. Chaque kilo de sirop ajouté est un bénéfice considérable.

S'y ajoute la difficulté de détection : les sirops modernes sont conçus pour passer sous les radars, et les méthodes d'analyse internationales ne sont pas encore assez au point pour les repérer de façon fiable. Le JRC appelle à des méthodes harmonisées et reconnues de tous. Une seule analyse ne suffit pas : il faut aussi enquêter sur la traçabilité, de l'importation au conditionnement.

Quelles conséquences ?

  • 123 exportateurs ont été contrôlés, et 70 d'entre eux ont été signalés.
  • Sur 95 importateurs concernés, 63 avaient importé au moins un lot suspect.
  • 44 opérateurs ont fait l'objet d'enquêtes, et plusieurs entreprises européennes ont été sanctionnées.
  • 340 tonnes de miel déclaré frelaté ont été refoulées aux frontières, rappelées, retirées du marché ou déclassées en sirop industriel.

La Commission souligne que le miel frelaté ne présente pas forcément de danger direct pour la santé. Mais c'est une tromperie qui lèse les consommateurs et fait une concurrence déloyale aux apiculteurs honnêtes, en tirant les prix vers le bas.

Ce qui a changé depuis

L'Union européenne a réagi. La directive (UE) 2024/1438, appliquée depuis le 14 juin 2026, impose d'indiquer chaque pays d'origine et sa part dans les mélanges. Elle demande aussi à la Commission d'adopter, d'ici juin 2028, des méthodes harmonisées pour détecter le miel frelaté, et prévoit des critères pour vérifier que le pollen n'a pas été retiré. Tous les détails dans notre article sur la nouvelle étiquette du miel.

Nos réflexes pour acheter un vrai miel

  • Lisez l'origine. Elle figure désormais sur la face avant, pays par pays, avec les pourcentages.
  • Méfiez-vous des prix trop bas. Un miel vendu nettement moins cher que la moyenne a peu de chances d'être un produit de qualité.
  • Privilégiez les appellations. Les miels AOP et IGP sont contrôlés selon un cahier des charges. Retrouvez-les tous sur notre atlas des miels.
  • Achetez en direct. Un apiculteur peut vous dire où sont ses ruches et quand il a récolté. Voir notre guide pour trouver un apiculteur.
  • Ne vous fiez pas à la texture. Un miel liquide n'est pas suspect, et un miel cristallisé n'est pas une garantie : la cristallisation dépend surtout des fleurs butinées.

Sources

  1. Commission européenne, « EU coordinated action: From the Hives (Honey 2021-2022) », 2023.
  2. Centre commun de recherche (JRC), « Food fraud: how genuine is your honey? », 23 mars 2023.
  3. Union européenne, directive (UE) 2024/1438 du 14 mai 2024.

Le miel est un aliment plaisir, à consommer dans le cadre d'une alimentation variée. Il ne doit pas être donné aux enfants de moins d'un an (recommandation de l'Anses).

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